L’interprétation de la musique de Bach semble tombée dans une forme de léthargie : après les dérives romantiques incarnées par Eugen Jochum, l’objectivisme désincarné des versions de Karl Richter, le pavé salutaire lancé dans la mare par Nikolaus Harnoncourt, et enfin la maturité des versions baroques de Philippe Herreweghe, la recherche de sens musical n’a pas vécu de révolution depuis de nombreuses années. On est arrivé à une forme de consensus, d’académisme même. Bach est pratiqué par tous à peu près de la même manière : recherche d’authenticité quant à l’instrumentarium et à l’articulation, attention portée au respect de l’accent tonique du texte. Dans la pratique, le défi est immense : comment réunir une équipe d’artistes prêts à aborder l’œuvre de Bach avec un œil nouveau, sans a priori, mais avec toute la maîtrise technique nécessaire à un travail difficile car en dehors de tous les sentiers battus ?

Le travail que la Chapelle Rhénane a réalisé sur les deux Passions de Bach a été salué par la critique. Ce travail a consisté à replacer ces œuvres dans un cadre plus large que le cadre liturgique originel : le drame de la Passion du Christ évoqué dans les évangiles a valeur universelle, c’est un récit fondateur au même titre que les grands mythes grecs : chacun des personnages est un archétype transposable dans le monde actuel – celui qui se sacrifie, celui qui trahit, celui qui renie, le juge, etc. Chacun a une personnalité complexe et correspond à un profil psychologique dont la persistance temporelle n’est pas à démontrer. Le génie de Bach consiste à mettre l’universalité de ces personnages en exergue ; elle dépasse le cadre religieux en transcendant le texte biblique, engageant le musicien qui l’interprète à s’impliquer de manière sensible, personnelle et vigoureuse, à sonder en profondeur et avec honnêteté l’âme humaine dans chacune de ses phrases.

L’interprétation de la Messe en Si mineur pose des problématiques différentes. Ce chef-d’œuvre constitue un mystère : sa genèse s’étale sur plus de trente années, sa destination est inconnue, le texte latin, liturgique et catholique semble enclencher une rhétorique musicale qui n’obéit plus aux mêmes règles ou se trouve sublimée.

À travers une formidable synthèse historique qui englobe la Renaissance par l’utilisation de la polyphonie stricte et du cantus firmus, Bach en réalise une autre, spirituelle, qui consiste à trouver la place de l’humain dans l’harmonie universelle, dans un équilibre entre le « moi » et le « ça ».

La valeur architectonique de la musique de Bach n’est plus à démontrer : l’enchaînement minutieux des différents mouvements, l’alternance des tensions et détentes aboutissant à un climax puis à une relâchement global, procurent une incroyable sensation d’unité malgré la durée et la complexité de ces œuvres. La mise en pratique de cette architecture, composante essentielle de la musique de Bach semble rester trop souvent au stade de l’intention. Pourtant, c’est de cette donnée que découle le phrasé, la manière dont vont s’organiser les différentes phrases musicales à l’intérieur d’un mouvement. De la même manière, du phrasé dépendra souvent l’articulation des différents motifs à la base de la phrase musicale.

L’aspect rhétorique semble également sous-exploité : bien trop souvent, on considère qu’une bonne diction du texte consiste à accentuer les syllabes qui portent un accent tonique, et à relâcher les autres, ce qui aboutit à une déclamation systématique perdant tout son sens. La musique par nature provoque la déformation du texte, et donne en ce sens les indications nécessaires à une déclamation naturelle, forcément subjective. C’est cette subjectivité qui est à la source de l’interprétation de la musique de Bach par la Chapelle Rhénane : elle donne naissance à une vision habitée, personnelle et émouvante.

Loin de la recherche musicologique centrée sur la lecture des traités d’époque, loin d’une quête illusoire d’authenticité, la démarche proposée par la Chapelle Rhénane vise à tordre définitivement le cou à la réputation de « géniale machine à coudre » dont on a pu affubler le cantor de Leipzig ; rendre à cette musique sa réelle profondeur, son émotion en perpétuelle mouvance, son message universel et non simplement religieux.

Messe en Si mineur

La musique de la Messe en Si : Un passage de flambeau

La genèse de la Messe en Si de Bach restera sans doute un mystère pour l’éternité : trop longue pour s’intégrer à un office religieux catholique, inadaptée à la liturgie luthérienne, probablement trop ambitieuse aussi pour être exécutée du temps de Bach, à quoi l’œuvre était-elle donc destinée ? Composée sur une période de plus de vingt ans et terminée quelque mois avant la mort de Bach, elle forme un testament musical d’une richesse et d’une complexité infinies. Par ailleurs, l’essentiel des mouvements ne sont pas des compositions originales mais réutilisent des compositions antérieures particulièrement chères à Bach qui les améliore en les intégrant à sa messe. Ce chef-d’œuvre est vraisemblablement destiné à la postérité : une œuvre encyclopédique, un manuel de styles musicaux, une synthèse entre le style ancien issu de la Renaissance et le nouveau incarné par le Baroque. À travers cette somme des sommes, Bach passe le flambeau à ses successeurs.

Le texte de la messe : Un rite de passage

Contrairement aux Passions ou aux Cantates qui délivrent un message didactique aux croyants à travers un texte biblique ou une paraphrase, la messe, par son texte liturgique en latin, adresse successivement à Dieu une prière, une louange, une profession de foi, et un hymne : c’est un rite de passage, c’est à dire le cheminement d’un message vers Dieu. Le discours musical n’est pas guidé par la dialectique, mais bien plus par une architectonique mettant en valeur l’unité dans la trinité du dieu père, fils, et esprit.

L’interprétation de la Chapelle Rhénane : Passeurs d’émotion

La Chapelle Rhénane réinvente la Messe en Si en mettant en exergue cette trinité divine qui se traduit dans les différentes techniques de composition : le contrepoint strict et le cantus firmus sont utilisés par Bach pour symboliser le Père ; le style concertant incarne l’humanité du Fils ; l’intemporalité de l’Esprit se manifeste dans la symbolique des nombres. L’équipe musicale capitalise sur une grande complicité humaine et musicale dans laquelle chacun porte sa responsabilité dans l’accomplissement artistique : c’est un travail collectif sans compromis pour aboutir à une interprétation forte, subjective, habitée, cohérente, pleine de sens et d’expressivité. De la recherche agogique de souplesse dans le phrasé, qui mène la tension musicale à un climax, découle une spontanéité et une grande proximité avec les auditeurs : chaque musicien de la Chapelle Rhénane se fait passeur d’émotion. Cinq solistes vocaux sont renforcés par douze ripiénistes pour donner vie aux nombreuses fresques chorales à quatre, cinq, six et même huit voix. Les 20 instrumentistes (cordes, hautbois, flûtes, trompettes, timbales et continuo) se joignent aux chanteurs, s’impliquant avec sincérité, rigueur et sans a priori musicaux, et s’attachant à dévoiler la force inépuisable de ce chef d’œuvre intemporel, et à en renouveler l’écoute.

Programme
Kyrie eleison (chœur)
Christe eleison (duo sopranos)
Kyrie eleison (chœur)

Gloria in excelsis Deo (chœur)
Et in terra pax (chœur)
Laudamus te (air soprano)
Gratias agimus tibi (chœur)
Domine Deus (duo soprano et ténor)
Qui tollis peccata mundi (chœur)
Qui sedes ad dexteram patris (air alto)
Quoniam tu solus sanctus (air baryton)
Cum sancto spiritu (chœur)

Credo in unum Deum (chœur)
Patrem omnipotentem (chœur)
Et in unum Dominum, Jesum Christum (duo soprano et alto)
Et incarnatus est (chœur)
Crucifixus etiam pro nobis (chœur)
Et resurrexit tertia die (chœur)
Et in spiritum sanctum Dominum (air baryton)
Confiteor unum baptisma (chœur)
Et expecto resurrectionem mortuorum (chœur)

Sanctus (chœur)

Osanna in excelsis (chœur)
Benedictus qui venit in nomine Domini (air ténor)
Osanna in excelsis (chœur)
Agnus Dei (air alto)
Dona nobis pacem (chœur)

Distribution

Stéphanie Révidat soprano
Salomé Haller mezzo-soprano
Julien Freymuth contre-ténor
Daniel Schreiber ténor
Ekkehard Abele baryton

Laureen Stoulig | Estelle Lefort | Marine Lafdal-Franc | Corinne Sattler sopranos
Marie Favier | Caroline Champy altos
Jean Delescluse | Akeo Hasegawa | Guillaume Zabé ténors
Philippe Roche | François Joron | Michael Marz barytons

Guillaume Humbrecht | Charles-Étienne Marchand | Rebecca Gormezano premiers violons
Clémence Schaming | Marion Korkmaz | Céline Martel seconds violons
Gilles Deliège | Nicolas Mazzoleni altos
Patrick Langot violoncelle
Élodie Peudepièce contrebasse
Jean-Pierre Pinet | Valérie Balssa traversos
Johanne Maitre | Christophe Mazeaud | Lucile Tessier hautbois
Amélie Boulas | Lucile Tessier bassons

Nicolas Isabelle | Gilles Rapin | Joël Lahens trompettes
Joël Lahens cor
Hervé Trovel timbales
Élisabeth Geiger clavecin | orgue

Concerts

6 février 2014, Théâtre du Vellein, Villefontaine
7 février 2014, Théâtre des Gémeaux, Sceaux
8 février 2014, Théâtre des Gémeaux, Sceaux
9 février 2014, Théâtre des Gémeaux, Sceaux
31 mai 2015, Festival de Saint-Michel-en-Thiérache
23 août 2015, Festival de la Chaise-Dieu
24 août 2015, Festival de la Chaise-Dieu
25 août 2015, Festival Sinfonia en Périgord
18 septembre 2015, Strasbourg
19 septembre 2015, Festival de Besançon

Oratorio de Noël

Après s’être attelée à la relecture de quatre cantates profanes en 2007, après avoir gravi les deux sommets que sont les Passions selon Jean et Matthieu en 2008 et 2009, la Chapelle Rhénane propose sa vision originale de l’Oratorio de Noël de Johann Sebastian Bach. L’approfondissement de la musique du Cantor de Leipzig est et doit devenir plus encore le cœur du répertoire de l’ensemble : la Chapelle Rhénane y a gagné ses lettres de noblesse, ses interprétations des Passions dans les plus grands festivals français ont été unanimement saluées par la critique et par le public.

L’Oratorio de Noël n’est pas à proprement parler un oratorio ; c’est bien plus un ensemble de six cantates qui ponctuent les fêtes entourant la naissance du Christ. En ce sens, chaque partie possède sa couleur, son originalité, son message individuel, et c’est bien ce que fait éclater notre interprétation : les trompettes célébrant la naissance elle-même laissent place à l’atmosphère pastorale de la deuxième cantate, incarnée par la chaleur des quatre hautbois ; de cette intimité renait l’éclat de la louange céleste qui se mêle à celle des berger dans la troisième cantate. La quatrième cantate nous plonge dans l’intimité du baptême, tissant entre le Christ et l’âme humaine une relation privilégiée. Dans la cinquième cantate paraissent les rois mages, venus à leur tour célébrer le jeune roi, tandis que la jalousie d’Hérode est illustrée, puis finalement démasquée dans la conclusion finale et brillante de la dernière cantate.

En somme, cet ouvrage réussit une fascinante synthèse entre un arc global et cohérent, et une profonde caractérisation de chacune de ses six parties. C’est ainsi que s’exprime ici le génie de Bach. L’œuvre dans son entier est extrêmement variée, même si l’impression de jubilation émane presque en permanence.

En se consacrant aux deux Passions, la Chapelle Rhénane a cherché à comprendre le langage si spécifique et complexe de Bach à l’endroit où il s’exprime le plus profondément : dans la souffrance, la prise de conscience de la misère humaine. Nous nous sommes âprement confronté à cette musique difficile, sans concessions, sans jamais renoncer à être fidèle au message du compositeur. Avec l’Oratorio de Noël, notre ensemble est prêt à mettre cette nouvelle compréhension de la musique de Bach à la disposition directe du public, afin de lui procurer – en toute simplicité – l’émotion directe et la joie exaltée qui transpire de cette œuvre.

Programme
Première cantate : La naissance de Jésus
Pour le premier jour de Noël

1. Jauchzet, frohlocket, auf, preiset die Tage (chœur)
2. Es begab sich aber zu der Zeit (évangéliste)
3. Nun wird mein liebster Bräutigam (récitatif, alto)
4. Bereite dich, Zion, mit zärtlichen Trieben (air, alto)
5. Wie soll ich dich empfangen (Choral)
6. Und sie gebar ihren ersten Sohn (évangéliste)
7. Er ist auf Erden kommen arm (choral, soprano & récitatif accompagné, baryton)
8. Großer Herr und starker König (baryton)
9. Ach mein herzliebes Jesulein (choral

Deuxième cantate : L’annonce des anges aux bergers
Pour le deuxième jour de Noël

10. Symphonie pastorale
11. Und es waren Hirten in derselben Gegend (évangéliste)
12. Brich an, o schönes Morgenlicht (choral)
13. Und der Engel sprach zu ihnen (évangéliste & ange)
14. Was Gott dem Abraham verheißen (récitatif accompagné, baryton)
15. Frohe Hirten, eilt, ach eilet (air, ténor)
16. Und das habt zum Zeichen (évangéliste)
17. Schaut ihn, dort liegt im finstern Stall (choral)
18. So geht denn hin (récitatif, baryton)
19. Schlafe, mein Liebster, genieße der Ruh (air, alto)
20. Und alsobald war da bei dem Engel (évangéliste)
21. Ehre sei Gott in der Höhe (chœur)
22. So recht, ihr Engel, jauchzt und singet (récitatif, baryton)
23. Wir singen dir in deinem Heer (choral)

Troisième cantate : L’adoration des bergers
Pour le troisième jour de Noël

24. Herrscher des Himmels, erhöre das Lallen (chœur)
25. Und da die Engel von ihnen gen Himmel fuhren (évangéliste)
26. Lasset uns nun gehen gen Betlehem (chœur)
27. Er hat sein Volk getröst (récitatif, baryton)
28. Dies hat er alles uns getan (choral)
29. Herr, dein Mittleid, dein Erbarmen (duo soprano & baryton)
30. Und si kamen eilend (évangéliste)
31. Schließe, mein Herze, dies selige Wunder (alto)
32. Ja, ja, mein Herz soll es bewahren (récitatif, alto)
33. Ich will dich mit Fleiß bewahren (choral)
34. Und die Hirten kehrten wieder um (évangéliste)
35. Seid froh dieweil (choral)
24b. Herrscher des Himmels, erhöre das Lallen (chœur)

Quatrième cantate : Le baptême de Jésus
Pour la fête de la circoncision

36. Fallt mit Danken, fallt mit Loben (chœur)
37. Und da acht Tage um waren (évangéliste)
38. Immanuel, o süßes Wort (récitatif, baryton & choral, soprano)
39. Flößt, mein Heiland, flößt dein Namen (air, soprano)
40. Wohlan, dein Name soll allein (récitatif, baryton & choral, soprano)
41. Ich will nur dir zu Ehren leben (air, ténor)
42. Jesus richte mein Beginnen (choral)

Cinquième cantate : Les rois mages à la recherche de Jésus
Pour le Nouvel An

43. Ehre sei dir, Gott, gesungen (chœur)
44. Da Jesus geboren war zu Betlehem (évangéliste)
45. Wo ist der neugeborne König der Juden (chœur & récitatif, alto)
46. Dein Glanz all FInsternis verzehrt (choral)
47. Erleucht auch meine finstre Sinnen (air, baryton)
48. Da das der König Herodes hörte (évangéliste)
49. Warum wollt ihr erschrecken (récitatif, alto)
50. Und ließ versammeln alle Hohenpriester (évangéliste)
51. Ach, wann wird die Zeit erscheinen (trio, soprano, ténor & alto)
52. Mein Liebster herrschet schon (récitatif, alto)
53. Zwar ist solche Herzensstube (choral)

Sixième cantate : L’adoration des rois mages
Pour la Fête de l’Epiphanie

54. Herr, wenn die stolzen Feinde schnauben (chœur)
55. Da berief Herodes die Weisen heimlich (évangéliste & Hérode)
56. Du Falscher, suche nur den Herrn zu fällen (récitatif, soprano)
57. Nur ein Wink von seinen Händen (air, soprano)
58. Als sie nun den König gehöret hatten (évangéliste)
59. Ich steh an deiner Krippe hier (choral)
60. Und Gott befahl ihnen im Traum (évangéliste)
61. So geht ! Genug, mein Schatz geht nicht von hier (récitatif, ténor)
62. Nun mögt ihr stolzen Feinde schnauben (air, ténor)
63. Was will der Höllen Schrecken nun (récitatif, soprano, alto, ténor, baryton)
64. Nun seid ihr wohl gerochen (choral)

Distribution
Aurore Bucher et Stéphanie Révidat, sopranos
Julien Freymuth et Pascal Bertin, contre-ténors
Michael Feyfar et François Rougier, ténors
Benoît Arnould et Ekkehard Abele, barytons

6 violons, 2 altos, violoncelle, contrebasse, 3 trompettes et cors, 4 hautbois, basson, 2 traversos, timbales, orgue

Benoît Haller, direction

Concerts
20 novembre 2010, Théâtre des Gémeaux, Sceaux
21 novembre 2010, Théâtre des Gémeaux, Sceaux
23 novembre 2010, Théâtre des Gémeaux, Sceaux
24 novembre 2010, Théâtre des Gémeaux, Sceaux

Passion selon Saint-Jean

Après la Passion selon Saint-Mattieu en 2009, l’Oratorio de Noël en 2010 et la Messe en Si mineur en 2014, la Chapelle Rhénane clôture en 2015 son cycle des oratorios de Johann Sebastian Bach aux Gémeaux avec la Passion selon Saint-Jean. Créé en 2008 par l’ensemble, cette interprétation a donné lieu à près de vingt concerts dans tous les hauts-lieux de la musique en France et en Allemagne.

L’ambition de la Chapelle Rhénane est de montrer à quel point la portée de la Passion selon Saint-Jean dépasse le cadre liturgique, s’adressant au delà des fidèles à l’humanité tout entière, parce qu’elle illustre à merveille les sentiments divers et profonds qui habitent chacun d’entre nous un jour ou l’autre, et surtout parce qu’ils mettent en scène des personnages archétypiques et universels : chacun peut se retrouver momentanément dans la peau de celui qui se sacrifie, de celui qui trahit, de celui qui renie, de celui qui juge, ou encore de celui qui – noyé dans une foule – appelle à la cruauté.

C’est pour cette raison que la Chapelle Rhénane a renoncé à proposer une des quatre versions documentées de la Passion selon Saint-Jean, celles qui correspondent aux exécutions par Bach lui-même en 1724, 1725, 1728 et 1747, préférant opter pour une version hypothétique, celle qui semble la plus juste, la plus équilibrée, la plus parlante, la plus édifiante. Il n’est d’ailleurs pas impossible que Bach ait fait exécuter une cinquième fois la Passion selon Saint-Jean en 1749 ou en 1750, peu avant sa mort. La copie manuscrite commencée par Bach en 1736 aurait pu servir de référence, mais… elle est largement inachevée, ce qui donne l’opportunité au musicien d’aujourd’hui de fantasmer sur ce qu’aurait pu devenir la version idéale du compositeur, cette hypothétique Version V.

Moins théâtrale que la Passion selon Saint-Matthieu, la « Saint-Jean » est plus dramatique, plus pressante, quasiment oppressante, même ! Bach renonce presque systématiquement aux airs da capo pour augmenter la densité du message.

La mise en avant de l’humanité qui traverse les époques et les frontières passe également par une nouvelle manière de pratiquer cette musique : le rejet d’une accentuation tonique systématique au profit d’une mise en valeur du mot dont la musique souligne elle-même l’importance ; la recherche d’une articulation qui ne tronçonne pas la musique mais au contraire permet l’émergence d’un réel phrasé ; un souci permanent de flexibilité grâce à l’utilisation de l’agogique – la souplesse du tempo ; la mise à profit du phrasé pour structurer le mouvement ; une interprétation basée sur l’énergie de l’expérimentation et une authentique émotion, et non sur une quelconque recherche de validité historique.

Il reste la question cruciale de la distribution vocale. Conformément à l’esprit du travail de la Chapelle Rhénane expérimenté dans les œuvres du premier baroque, il fallait permettre à chacun des chanteurs de porter son engagement individuel au plus haut, à la fois pour les airs et pour les passages chorals. Ainsi, ils constituent tous ensemble le chœur, et remplissent également à tour de rôle la fonction de soliste. Là aussi, il ne s’agissait pas tant de se conformer à une pratique présumée authentique, que de permettre l’émergence d’une équipe soudée, d’un son cohérent, brillant, corporel et clair. La prise de conscience de toute l’équipe que dans la musique de Bach, la perfection technique et l’idée musicale juste ne peuvent être atteintes que conjointement fait que la seule exigence musicale est vaine, tout comme est inutile un quelconque conseil purement technique. C’est là aussi le miracle de cette musique !

Programme

Première partie

1. Chorus : Herr, unser Herrscher
2. Evangelista : Jesus ging mit seinem Jüngern
3. Choral : O grosse Lieb
4. Evangelista : Auf dass das Wort erfüllet
5. Choral : Dein Will gescheh
6. Evangelista : Die Schaar aber
7. Aria (Alto) : Von den Stricken meiner Sünden
8. Evangelista : Simon Petrus aber folgete Jesu nach
9. Aria (Soprano) : Ich folge dir gleichfalls
10. Evangelista : Derselbige Jünger
11. Choral : Wer hat dich so geschlagen
11b. Aria (Basso & Choral) : Himmel, reiße, Welt, erbebe
12. Evangelista : Und Hannas sandte
13b. Aria (Tenore) : Zerschmettert mich
14. Choral : Petrus, der nicht denkt zurück

Seconde partie

15. Choral : Christus, der uns selig macht
16. Evangelista : Da führeten sie Jesum von Kaipha vor das Richthaus
17. Choral : Ach, großer König, groß zu allen Zeiten
18. Evangelista : Da sprach Pilatus zu ihm
20b. Aria : Ach windet euch nicht so, geplagte Seelen
21. Evangelista : Und die Kriegknechte flochten eine Krone von Dornen
22. Choral : Durch dein Gefängnis, Gottes Sohn
23. Evangelista : Die Jüden aber schrieen und sprachen
24. Aria : Eilt, ihr angefochtnen Seelen
25. Evangelista : Allda kreuzigten sie ihn, und mit ihm zween andere
26. Choral : In meines Herzens Grunde
27. Evangelista : Die Kriegknechte aber, da sie Jesum gekreuziget hatten
28. Choral : Er nahm alles wohl in Acht
29. Evangelista : Und von Stund an nahm sie der Jünger zu sich
30. Aria : Es ist vollbracht !
31. Evangelista : Und neiget das Haupt und verschied
32. Aria : Mein teurer Heiland
33. Evangelista : Und siehe da, der Vorrhang im Tempel
34. Arioso : Mein Herz, in dem die ganze Welt
35. Aria : Zerfließe, mein Herze, in Fluten der Zähren
36. Evangelista : Die Jüden aber, dieweil es der Rüsttag war
37. Choral : O hilf, Christe, Gottes Sohn
38. Evangelista : Darnach bat Pilatum Joseph von Arimathia
39. Chorus : Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine
40b. Choral : Christe, du Lamm Gottes

Distribution

Andrea Brown et Stéphanie Révidat, sopranos
Salomé Haller, mezzo-soprano
Pascal Bertin, contre-ténor
Michael Feyfar, Daniel Schreiber et Rolf Ehlers, ténors
Ekkehard Abele et Benoît Arnould, barytons

6 violons, 2 altos, violoncelle, viole de gambe, contrebasse, 2 traversos, 2 hautbois, basson, contrebasson, clavecin, orgue.

Benoît Haller, direction

Concerts

10 juillet 2008, Festival de Saint-Riquier
11 juillet 2008, Festival de Sarrebourg
26 août 2008, Festival de la Chaise-Dieu
30 août 2008, Festival Sinfonia en Périgord
7 novembre 2008, Katowice (Pologne)
7 avril 2009, Théâtre de Saint-Germain-en-Laye
10 avril 2009, Abbaye de Fontevraud
11 avril 2009, Dominicains de Guebwiller
4 octobre 2009, Saison Musicale de l’Abbaye de Royaumont
31 mars 2010, Saison des Concerts Parisiens
28 mai 2010, Festival Baroque de Mulhouse
22 avril 2011, Thüringer Bachwochen, Weimar (Allemagne)
9 avril 2014, Putaux
11 avril 2014, Paris
12 avril 2014, Reims
13 avril 2014, Combs-la-Ville
13 mars 2015, Théâtre des Gémeaux, Sceaux
14 mars 2015, Théâtre des Gémeaux, Sceaux
15 mars 2015, Théâtre des Gémeaux, Sceaux

Cantates profanes

La cantate BWV 201 fut probablement la dernière cantate profane à être réinterprétée en 1749, deux années avant la mort de Bach. L’événement qui suscita l’œuvre nous est encore inconnu. Probablement était-ce en l’honneur de la famille du prince électeur de Dresde. En revanche, son année de création nous est connue (1729). La dispute mythique dont il va être question ici, met en scène Phoebus et Pan. Après un chœur introductif, la dispute adaptée des Métamorphoses d’Ovide (11.146-193), nous montre le roi Midas encore en proie à un premier caprice : tout ce qu’il touche devra se transformer en or ! Le voici prêt à faire à nouveau un mauvais choix : préférer la musique de Pan à celle de Phoebus. Mais ne nous méprenons pas, il s’agit bien ici d’un concours de chant dont Phoebus sortira vainqueur. Afin de le punir de cette folie, Midas sera affublé d’oreilles d’âne, tandis qu’un motif musical rappelant justement l’âne sera chanté par Mercure, dieu de la métamorphose. Le chœur final proclamera la victoire des cordes gracieuses sur les vents furieux du chœur introductif. Bach a gratifié chaque personnage d’une psychologie bien différenciée, en variant la qualité musicale de chacun de leurs airs. C’est donc Phoebus à qui est donné de chanter le plus bel air : quoi de plus normal, c’est lui qui sort vainqueur de cette dispute. Midas, lui, aura son lot de consolation : des oreilles d’âne !

La Cantate BWV 214 « Tönet ihr Pauken, erschallet Trompeten » fait partie d’une série d’hommages musicaux rendus par Bach à la famille régnante de l’électeur de Saxe. Il ne s’agissait pas là de travaux entrant dans ses attributions officielles, aussi peut-on penser qu’ils avaient pour objectif de se recommander au bon vouloir du souverain, d’autant que Bach briguait la distinction de « Compositeur de la cour de l’électeur de Saxe». À mesure que les relations avec ses supérieurs à l’école Saint-Thomas se détérioraient, le compositeur espérait que ses bonnes grâces ou un titre officiel lui seraient d’un avantage certain. Ce n’est qu’en 1736 que Friederich August II (et roi de Pologne sous le nom d’Auguste III) accorda à Bach le titre tant désiré. Les cantates d’hommage n’étaient pas jouées à la cour de Dresde, ni même forcément en présence des personnages qu’ils louaient, mais en public au Café Zimmermann dans la Katharinenstrasse (la rue Catherine) à Leipzig. Bach y répétait régulièrement avec son Collegium Musicum, un groupe d’étudiants de l’Université, dont il avait assumé la direction en 1729, et qui représentait pour le compositeur un extraordinaire laboratoire pour ses innombrables essais de sonorité orchestrale et de combinaisons sonores.

Programme

Cantate BWV 201
La Dispute entre Phœbus et Pan : Geschwinde, ihr wirbelnden Winde !

Cantate BWV 214
Résonnez, timbales ! Retentissez, trompettes « Tönet ihr Pauken, erschallet Trompeten »

Distribution

Tanya Aspelmeier, soprano
Pascal Bertin, contre-ténor
Benoît Haller, ténor
Michael Feyfar, ténor
Ekkehard Abele, baryton-basse
Matthieu Lécroart, baryton-basse

Guillaume Humbrecht & Clémence Schaming, violons
Benjamin Lescoat, alto
Felix Knecht, violoncelle
Élodie Peudepièce, contrebasse
Nicolas Isabelle, Gabriel Hetu, Joel Lahens, trompettes
Johanne Maitre & Elsa Frank, hautbois
Jacques-Antoine Bresch & Valérie Balssa, traversos
Mélanie Flahaut, basson
Alexandre Avolédo, timbales
Sébastien Wonner, clavecin

Benoît Haller, direction

Concerts

22 novembre 2007, Strasbourg
24 novembre 2007, Cité de la Musique, Paris
2 février 2008, Dominicains de Guebwiller
3 juin 2008, Atelier Lyrique de Tourcoing, Wambrechies
14 septembre 2008, Saison Musicale de l’Abbaye de Royaumont

Messe en Cantates

À l’instar de la Messe en Si mineur, les messes luthériennes sont construites sur la bases de parodies de mouvements composés antérieurement par Bach lui-même. Plus qu’une simple réutilisation du matériel musical, il s’agit ici d’un parachèvement, et on retrouve dans la Messe en La Majeur BWV 234 le même génie que celui qui est intrinsèque à la Grande Messe. Deux cantates composées pour la fête de Pentecôte en 1724, « Erhöhtes Fleisch und Blut » BWV 173 et « Erwünschtes Freudenlicht » BWV 184, viennent compléter ce concert animé par les sonorités douces, les élans colorés et les amples ambitus des traversos. Fidèle à ses convictions, la Chapelle Rhénane interprète ce programme en distribution solistique, pour une transparence et une flexibilité maximales, mais surtout dans un esprit d’expressivité, de sensualité et d’humanité.

Programme

Cantate BWV 173
Récitatif accompagné (ténor) : Erhöhtes Fleisch und Blut
Air (ténor) : Ein geheiligtes Gemüte
Air (alto) : Gott will, o ihr Menschenkinder
Duo (soprano et baryton) : So hat Gott die Welt geliebt
Récitatif en duo (soprano et baryton) : Unendlichster, den man doch Vater nennt
Chœur : Rühre, Höchster, unsern Geist

Messe luthérienne en La Majeur BWV 234
Chœur : Kyrie
Chœur : Gloria
Air (baryton) : Domine Deus
Air (soprano) : Qui tollis peccata mundi
Air (alto) : Quoniam tu solus
Chœur : Cum sancto spiritu

Cantate BWV 184
Récitatif accompagné (ténor) : Erwünschtes Freudenlicht
Duo (soprano et alto) : Gesegnete Christen, glückselige Herde
Récitatif (ténor) : So freut euch, ihr auserwählten Seelen
Air (ténor) : Glück und Segen sind bereit
Choral : Herr, ich hoff’ je, du werdest die in keiner Not verlassen
Chœur : Guter Hirte, Trost der Deinen

Distribution

Stéphanie Révidat, soprano
Salomé Haller, mezzo-soprano
Benoît Haller, ténor
Ekkehard Abele, baryton
Guillaume Humbrecht et Clémence Schaming, violons,
Benjamin Lescoat, alto
Felix Knecht, violoncelle
Élodie Peudepièce, contrebasse
Mélanie Flahaut, basson
Jean-Pierre Pinet et Valérie Balssa, traversos
Sébastien Wonner, orgue

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