L'esprit artistique

Le défi constamment relevé par la Chapelle Rhénane depuis sa fondation consiste à démontrer que la musique dite classique n’appartient pas au passé, qu’elle n’est pas une somme de monuments sonores à contempler avec distance et respect, qu’elle n’est pas l’affaire de quelques intégristes religieux. Par sa valeur intemporelle et universelle, la musique pratiquée par la Chapelle Rhénane a sa place dans le monde et la société actuels : de par la nature éphémère de tout phénomène sonore, elle nous donne l’occasion et l’obligation systématiques de la recréer, de lui donner naissance, de la faire vivre en nous et en nos publics, avec spontanéité, intelligence, et émotion. Dans ces conditions d’approche, la musique des siècles passés peut devenir un formidable vecteur d’accomplissement personnel pour le musicien comme pour l’auditeur, ainsi qu’un facteur efficace de lien social.

Depuis 2001, les musiciens de la Chapelle Rhénane l’ont bien compris : se mettre au service d’une œuvre artistique et d’un public, c’est se définir en tant qu’interprète responsable, engagé et subjectif ; laisser parler les êtres de chair et de sang qui sont en eux, laisser monter le message humain que contient la musique en laissant de côté les théories qui cherchent à retrouver, sous prétexte d’authenticité, un idéal sonore révolu depuis des siècles. En résumé : s’inscrire dans son temps et son espace, être moderne et humain. Tandis que le milieu du théâtre l’a compris depuis longtemps, celui de la musique savante reste souvent opaque et conservateur.

Si la Chapelle Rhénane a développé son action en ancrant son répertoire dans la musique baroque, ce n’est pas par souci de se fondre dans la masse des ensembles qui cherchent à restituer la musique ancienne avec un maximum de fidélité et d’authenticité, mais au contraire pour la faire vivre aujourd’hui, avec tout son potentiel expressif : pour que le message humaniste transporté par les œuvres du passé puisse avoir un sens actuel, il faut pouvoir adapter la lettre, parfois même la transformer. Ainsi, l’usage d’instruments anciens ne répond pas à une nécessité historiciste, mais à la volonté de faire fructifier la souplesse et l’ouverture d’esprit des musiciens qui en jouent : tandis que la formation instrumentale purement classique se concentre sur la pratique des répertoires classiques et romantiques, l’apprentissage du répertoire baroque encourage l’instrumentiste à considérer plusieurs manières d’aborder l’interprétation, le phrasé, l’articulation. Inversement, aborder le répertoire baroque avec un orchestre d’instruments modernes dans le cadre d’un conservatoire ou d’une académie se trouve totalement justifié.

L’originalité du travail de la Chapelle Rhénane ne réside pas dans le répertoire abordé : il ne s’agit pas de redécouvrir un compositeur oublié, ni d’enregistrer des œuvres inédites. La démarche de création de l’ensemble réside dans la recherche à la fois intellectuelle et sensible – sensuelle, même – qui permet de déboucher sur des interprétations nouvelles d’œuvres anciennes et déjà connues. Au final, il s’agit d’adresser à nos contemporains un message sensible et empli d’humanité.

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